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Coffre banque et contrôle fiscal : 5 choses que le fisc
Contrôle

Coffre en banque : ce que le fisc peut (et ne peut pas) surveiller

Coffre banque et contrôle fiscal : ce que le fisc sait déjà via FICOBA, les cas d'accès au contenu, le risque des espèces et les indices en cas de contrôle.

Mathieu ClementMathieu Clement 19 min de lecture
Contrôle fiscal : L'erreur bête qui déclenche un contrôle immédiat (Ne faites pas ça)

Le fisc connaît l'existence de votre coffre bancaire via le fichier FICOBA, que les banques alimentent obligatoirement depuis le 1er septembre 2020 (Ordonnance n° 2020-115). En revanche, l'administration fiscale ignore le contenu du coffre : FICOBA ne recense que l'identité du locataire et les dates d'ouverture/clôture. Pour accéder au contenu, le fisc doit obtenir une ordonnance du juge des libertés en vue d'une visite domiciliaire (article L. 16 B du LPF), ou exercer son droit de communication : qui ne permet pas d'ouvrir le coffre.

Le fisc sait que vous avez un coffre bancaire, mais ignore ce qu'il contient. Depuis le 1er septembre 2020, toutes les banques françaises déclarent obligatoirement les locations de coffres-forts au fichier FICOBA. Cette transparence sur l'existence du contenant ne signifie pas pour autant que l'administration a un accès libre au contenu. Distinguer ce que FICOBA révèle de ce qu'il tait, comprendre les trois voies légales d'accès au coffre : droit de communication, visite domiciliaire sur ordonnance judiciaire, saisie pénale : et connaître la jurisprudence applicable aux espèces déposées : cet article détaille précisément le cadre juridique en 2026, sans amalgame ni alarmisme.

Ce que le fisc sait déjà de votre coffre bancaire : FICOBA

FICOBA : le fichier des comptes bancaires et assimilés : est le pivot de la connaissance qu'a l'administration fiscale de votre coffre. Dès qu'une banque ouvre, modifie ou clôture la location d'un coffre-fort, elle transmet ces informations à la DGFiP. Le résultat est immédiat : l'existence de votre coffre figure dans un fichier centralisé, consultable par une poignée d'autorités.

Ce que FICOBA contient précisément : le nom et l'adresse du locataire, les références de l'établissement bancaire, le numéro du coffre, ainsi que les dates d'ouverture et de clôture éventuelle. Rien de plus. Le fichier ignore totalement ce que vous y avez déposé : espèces, bijoux, documents, or, titres, rien n'y figure. Le service-public.fr le confirme explicitement dans sa fiche F2233 (service-public.fr, mise à jour 2024) : FICOBA « liste tous les coffres-forts et comptes bancaires ouverts en France », sans mention d'un quelconque inventaire du contenu.

Cette asymétrie d'information est fondamentale : le fisc connaît le contenant, pas le contenu. Pour franchir cette barrière, il lui faut activer une procédure coercitive encadrée par le Livre des procédures fiscales : droit de communication, visite domiciliaire ou saisie pénale. Nous y revenons en détail dans la section suivante.

Les autorités qui peuvent consulter FICOBA sont limitativement énumérées : l'administration fiscale (DGFiP), TRACFIN (la cellule anti-blanchiment de Bercy), les douanes, les notaires dans le cadre d'une succession, et certaines autorités judiciaires sur commission rogatoire. Chaque consultation laisse une trace informatique : ce qui dissuade les interrogations fantaisistes.

L'obligation de déclaration des banques depuis le 1er septembre 2020

L'obligation de déclaration des coffres-forts à FICOBA est entrée en vigueur le 1er septembre 2020, en application de l'ordonnance n° 2020-115 du 12 février 2020. Avant cette date, seuls les comptes bancaires classiques : comptes courants, comptes d'épargne, comptes-titres : étaient inscrits au fichier. Les coffres-forts échappaient à toute centralisation.

Le texte a comblé cette lacune en assujettissant les établissements bancaires à une obligation déclarative pour « toute ouverture, modification ou clôture de location de coffre-fort », comme l'indique la documentation officielle des impôts (impots.gouv.fr/banques, 2020). La sanction en cas d'omission est dissuasive : 1 500 € d'amende par infraction, conformément à la même ordonnance (source : Ordonnance n° 2020-115, citée par tze-avocat.fr, février 2025).

Cette obligation ne pèse que sur la banque, jamais sur le client. Le locataire d'un coffre n'a aucune démarche à accomplir vis-à-vis de FICOBA. L'inscription est automatique, dès la signature du contrat de location.

Ce que FICOBA contient : et ce qu'il ne contient pas

Le périmètre exact de FICOBA est défini par la doctrine fiscale : notamment le BOFiP BOI-CF-CPF-30-15 du 21 juin 2023, qui précise les modalités de déclaration des coffres-forts. Ce bulletin officiel détaille les informations que les banques doivent transmettre : identité du locataire (personne physique ou morale), adresse, références du coffre, date d'ouverture, date de clôture le cas échéant.

Ce qui ne figure pas dans FICOBA est tout aussi important :

  • Aucun descriptif, inventaire ou estimation du contenu
  • Aucune mention des espèces, bijoux, titres, or, documents ou objets déposés
  • Aucun historique des accès au coffre par le locataire
  • Aucune information sur l'origine des valeurs éventuellement déposées

L'annexe IV du Code général des impôts (article 164 FD) liste les champs obligatoires de la déclaration bancaire : désignation et adresse de l'établissement, identité du déclarant, nature juridique du titulaire, références du compte ou du coffre, dates d'ouverture/clôture/modification. La liste est exhaustive : aucun champ relatif au contenu n'y figure.

Dans quels cas le fisc peut-il accéder au contenu de votre coffre ?

FICOBA dit l'existence du coffre, pas ce qu'il renferme. Pour accéder au contenu, l'administration doit mobiliser l'une des trois voies coercitives prévues par le Livre des procédures fiscales (LPF). Chacune obéit à des conditions juridiques distinctes et ne peut être exercée discrétionnairement.

Ces trois voies ne sont pas interchangeables : elles correspondent à des stades différents de gravité dans l'enquête fiscale. Le droit de communication est le plus léger, la visite domiciliaire est la perquisition fiscale classique, la saisie pénale intervient lorsque des soupçons de fraude grave ou de blanchiment sont caractérisés. Le contribuable confronté à l'une de ces procédures doit connaître précisément ses droits et les limites imposées à l'administration. Pour une vue d'ensemble des procédures de contrôle fiscal en France, notre guide complet détaille le déroulement de chaque type de vérification.

Le droit de communication : l'administration interroge la banque

Le droit de communication est régi par les articles L. 81 à L. 102 B du LPF. Il permet à l'administration fiscale d'interroger directement la banque pour obtenir des documents ou renseignements. Concrètement, le fisc peut demander les relevés du compte bancaire associé au coffre, les traces de virements ou de retraits ayant pu alimenter les dépôts en coffre, ou encore la copie du contrat de location.

Ce que le droit de communication ne permet pas : ordonner à la banque d'ouvrir le coffre. L'établissement bancaire n'a ni les moyens techniques (le coffre s'ouvre avec la clé du client), ni l'autorisation légale de le faire de sa propre initiative. La banque peut seulement transmettre ce qu'elle détient : les documents contractuels et l'historique du compte bancaire lié.

⚠️ Attention : le droit de communication s'exerce sans information préalable du contribuable. Vous pouvez apprendre a posteriori que votre banque a transmis des documents au fisc. Cette absence de contradictoire immédiat ne vous prive pas de vos droits de recours ultérieurs, notamment lors de la phase de réponse à une proposition de rectification.

La visite domiciliaire (perquisition fiscale) : conditions strictes

La visite domiciliaire : nom juridique de la perquisition fiscale : est encadrée par l'article L. 16 B du Livre des procédures fiscales (legifrance.gouv.fr, version consolidée avril 2026). Elle ne peut être déclenchée que sur autorisation expresse du juge des libertés et de la détention (JLD), qui en vérifie le bien-fondé.

La demande doit être motivée par des présomptions précises de fraude fiscale. L'ordonnance du juge mentionne les infractions soupçonnées, les lieux visés, les agents habilités à intervenir et la période concernée. Une visite domiciliaire peut cibler un domicile, un local professionnel, mais aussi un coffre bancaire : à condition que l'ordonnance le désigne nommément.

Sur place, les agents de la DGFiP peuvent procéder à l'inventaire du contenu du coffre, saisir des documents, des espèces ou des objets de valeur, et les placer sous scellés. L'opération se déroule en présence du locataire ou de son représentant, ainsi que d'un officier de police judiciaire. Le procès-verbal fait foi des constatations. Tout dépassement du cadre défini par l'ordonnance du JLD ouvre un recours en nullité de la procédure : un point souvent méconnu des contribuables.

Secret bancaire et coffre-fort : ce que la banque ne sait pas non plus

Le secret bancaire, consacré par l'article L. 511-33 du Code monétaire et financier, protège les informations détenues par la banque sur son client. Mais ce secret est inopposable à l'administration fiscale dans le cadre de ses prérogatives de contrôle : le droit de communication prime.

Pour le coffre-fort, cette dialectique prend une tournure particulière. La banque ne connaît pas le contenu du coffre : elle n'y a jamais accédé, n'en tient aucun inventaire, n'a jamais demandé au client ce qu'il y dépose. Le secret bancaire protège un contenu que la banque elle-même ignore. Les sources juridiques spécialisées (culture-financiere.com, solent-avocats.com) le confirment : seul le locataire accède au compartiment.

Cette ignorance de la banque crée une double protection de fait : l'administration ne peut obtenir de la banque ce que la banque ne sait pas. Pour percer le secret du coffre, le fisc doit nécessairement passer par une visite domiciliaire ou une saisie pénale, jamais par une simple demande de renseignements.

L'essentiel

  • Depuis le 1er septembre 2020, FICOBA recense l'existence de votre coffre, l'identité du locataire et les dates d'ouverture/clôture : jamais le contenu.
  • L'administration fiscale ne peut accéder au contenu d'un coffre que par droit de communication, visite domiciliaire sur autorisation judiciaire ou saisie pénale.
  • La seule présence d'espèces dans un coffre ne permet pas au fisc d'établir un revenu imposable sans rattachement à une année d'imposition précise (jurisprudence 2021).
  • Les notaires consultent FICOBA pour identifier les coffres d'un défunt ; l'ouverture se fait contradictoirement, avec inventaire.
  • Conserver les justificatifs d'origine des sommes et objets déposés est indispensable : en cas de contrôle, l'absence de preuves expose à la taxation d'office.

Espèces dans un coffre : quels risques lors d'un contrôle fiscal ?

La présence d'espèces dans un coffre bancaire est parfaitement légale. Ce qui peut poser problème, c'est l'incapacité à justifier l'origine et la date de ces sommes lors d'un contrôle fiscal. La jurisprudence récente éclaire précisément cette distinction.

L'affaire jugée en 2021 et commentée sur légifiscal.fr (mai 2023) constitue un repère jurisprudentiel majeur. Dans cette espèce, l'administration fiscale avait découvert une somme en espèces dans le coffre d'un contribuable et l'avait qualifiée de revenu imposable, assortie de cotisations supplémentaires d'IR, de contribution exceptionnelle sur les hauts revenus et de contributions sociales. Le juge a prononcé un dégrèvement total en droits et pénalités. Le motif : la seule présence d'espèces dans un coffre ne permet pas au fisc d'établir un revenu imposable, faute de pouvoir le rattacher à une année d'imposition déterminée.

Cette décision trace une ligne claire : l'administration doit démontrer que la somme constitue un revenu et identifier l'année au cours de laquelle ce revenu a été perçu. Sans ce double rattachement, la taxation ne tient pas. Pour autant : et c'est la nuance essentielle : cette jurisprudence ne crée pas d'immunité. Le fisc conserve la possibilité d'adresser une demande de justification au contribuable, et le silence ou des réponses insuffisantes peuvent déclencher une taxation d'office.

Cas pratique : quand la présence d'espèces déclenche une demande de justification

Prenons une situation concrète. Un contribuable détient 50 000 € en espèces dans son coffre bancaire. Il n'a jamais déclaré cette somme, qui provient de dons familiaux reçus en 2015 et 2018, partiellement conservés puis déposés en coffre en 2020.

Sur la base d'informations FICOBA (existence du coffre) et de discordances entre ses crédits bancaires et ses revenus déclarés, l'administration lui adresse une demande de justification sur le fondement de l'article L. 16 du LPF. Elle l'interroge sur l'origine et la date d'acquisition de ces 50 000 €. Le contribuable présente les déclarations de dons manuels enregistrées en 2015 et 2018, les relevés de compte de l'époque et les attestations des donateurs.

Avec ces justificatifs, l'administration ne peut établir ni un revenu imposable nouveau, ni un rattachement à une année non prescrite. La procédure s'arrête là. Sans justificatifs, la situation bascule : l'administration peut considérer la somme comme un revenu d'origine indéterminée et la taxer d'office au titre de l'année de découverte du coffre.

Ce cas pratique illustre le mécanisme à l'œuvre : la charge de la preuve pèse d'abord sur l'administration (établir un revenu + une année), mais se déplace vers le contribuable dès lors que celui-ci ne fournit pas de justificatifs crédibles.

Taxation d'office : conditions et droits du contribuable

La taxation d'office est prévue aux articles L. 66 à L. 69 du LPF. Elle intervient lorsque le contribuable n'a pas répondu à une demande de justification dans le délai imparti : en pratique, souvent 60 jours : ou lorsque ses réponses sont jugées insuffisantes ou incohérentes par l'administration.

Dans cette hypothèse, le fisc taxe les sommes litigieuses comme des revenus imposables de l'année au cours de laquelle le contrôle a lieu : ou de la dernière année non prescrite. Les majorations peuvent atteindre 40 % pour défaut de réponse caractérisé, voire 80 % en cas de manœuvres frauduleuses avérées.

Le contribuable conserve toutefois des droits substantiels : il peut contester la taxation d'office devant la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires, puis devant le juge de l'impôt. La décision de 2021 précitée montre que ces recours peuvent aboutir à un dégrèvement complet lorsque l'administration n'a pas correctement rattaché les sommes à une année d'imposition. Pour approfondir vos droits en pareille situation, consultez notre article sur les déclencheurs et la procédure du contrôle fiscal pour les particuliers.

📌 Important : l'absence de réponse à une demande de justification transfère mécaniquement la charge de la preuve du fisc vers le contribuable. Ne jamais ignorer un courrier de demande de justification, même si l'on estime la demande infondée.

Les indices de contrôle fiscal : où se situe le coffre bancaire ?

L'administration fiscale ne dresse pas de liste officielle et publique des indices déclencheurs de contrôle. Les éléments connus proviennent des retours d'expérience des praticiens, des motifs récurrents dans les propositions de rectification et des publications de la DGFiP sur sa politique de contrôle.

Parmi les signaux les plus fréquemment observés :

  • Discordance significative entre les crédits bancaires annuels et les revenus déclarés (critère relevé dans la jurisprudence, légifiscal.fr, 2023)
  • Train de vie manifestement disproportionné par rapport aux revenus (patrimoine immobilier, véhicules, voyages)
  • Signalement par TRACFIN de mouvements bancaires atypiques ou suspects
  • Détention de comptes bancaires à l'étranger non déclarés
  • Anomalies récurrentes dans les déclarations fiscales successives (incohérences entre déclarations)
  • Absence de dépôt de déclaration pendant plusieurs années
  • Bénéfices professionnels anormalement bas par rapport au secteur d'activité

Le coffre bancaire n'est pas, en lui-même, un indice déclencheur. Sa présence dans FICOBA est une information passive, qui devient pertinente uniquement lorsqu'elle est croisée avec d'autres signaux : un compte bancaire recevant peu de crédits mais dont on découvre l'existence d'un coffre, associé à un train de vie élevé, peut susciter une investigation. Pour une vision complète, notre article sur le déroulement complet d'un contrôle fiscal détaille les étapes procédurales.

Signaux surveillés par l'administration fiscale

Les signaux qui retiennent l'attention de la DGFiP reposent sur des comparaisons objectives : ce que le contribuable déclare versus ce que les tiers déclarent à son sujet. La banque transmet à FICOBA, l'employeur transmet le salaire via la DSN, les notaires transmettent les mutations immobilières. L'administration croise ces données.

Un écart modeste ne déclenche rien. Une discordance massive : par exemple, 200 000 € de crédits bancaires sur un compte pour 30 000 € de revenus déclarés : est un signal fort. Le coffre intervient dans ce paysage comme un élément de contexte : si le contribuable concerné possède aussi un coffre, l'administration peut soupçonner que les sommes retirées en espèces ont été déposées dans ce coffre plutôt que consommées. La détention d'un coffre devient alors un argument parmi d'autres dans la motivation d'une demande de justification ou d'une requête en visite domiciliaire.

TRACFIN et les signalements bancaires : le coffre dans le radar ?

TRACFIN : Traitement du renseignement et action contre les circuits financiers clandestins : est le service de renseignement financier français, placé sous l'autorité de Bercy. Il reçoit les déclarations de soupçon émises par les banques, notaires, experts-comptables et autres professionnels assujettis, au titre de la lutte anti-blanchiment (LCB-FT).

FICOBA est consultable par TRACFIN (service-public.gouv.fr/F2233). En pratique, lorsqu'une banque émet une déclaration de soupçon sur un client : par exemple en raison de dépôts et retraits d'espèces récurrents et inexpliqués : TRACFIN peut croiser cette information avec FICOBA. La découverte d'un coffre dans ce contexte renforce le dossier transmis au parquet ou à la DGFiP.

Un signalement TRACFIN ne déclenche pas automatiquement un contrôle fiscal. Il alimente un faisceau de présomptions que l'administration utilise pour motiver une procédure. Le coffre, là encore, n'est jamais le déclencheur unique : il vient corroborer d'autres indices.

💡 À noter : les banques sont tenues de déclarer à TRACFIN toute opération « atypique » : pas seulement les sommes importantes. Un client qui n'effectuait aucun retrait en espèces et qui retire soudainement 9 000 € en coupures de 500 €, juste avant une visite au coffre, peut faire l'objet d'une déclaration de soupçon.

Confidentialité versus impunité : l'erreur qui coûte cher

L'erreur la plus répandue chez les détenteurs de coffres bancaires consiste à assimiler l'ignorance du contenu par la banque et par FICOBA à une invisibilité totale vis-à-vis du fisc. Cette confusion entre confidentialité bancaire et impunité fiscale peut avoir des conséquences sévères.

La réalité juridique est la suivante : l'administration ne sait pas ce que contient votre coffre au moment où vous y déposez des valeurs. Mais si elle décide un jour de perquisitionner ce coffre en vertu d'une ordonnance du JLD, tout ce qui s'y trouve devient instantanément opposable dans le cadre de la procédure de rectification. L'absence de justificatifs sur l'origine et la date des sommes ou objets découverts fait alors peser sur vous la charge de démontrer qu'il ne s'agit pas de revenus imposables non déclarés.

Conserver les justificatifs n'est pas une option : c'est la seule protection effective dont vous disposez. Contrats de vente, déclarations de donation, relevés bancaires attestant de retraits légitimes, factures d'achat de métaux précieux, certificats d'authenticité pour les bijoux : tous ces documents doivent être archivés et accessibles. Le délai de conservation recommandé couvre au minimum la période de reprise fiscale, soit trois années suivant celle de l'imposition, pouvant être portée à six ans en cas d'activité occulte ou de fraude caractérisée.

Pourquoi conserver les justificatifs d'origine des valeurs déposées

Tout dépôt de valeur dans un coffre devrait laisser une trace documentaire externe au coffre lui-même. Pour les espèces : les relevés bancaires montrant le retrait correspondant, le justificatif de l'origine (salaire, vente d'un bien, donation enregistrée). Pour l'or et les métaux précieux : la facture d'achat mentionnant la date, le poids, le cours applicable, l'identité du vendeur professionnel. Pour les bijoux : le certificat d'authenticité et, le cas échéant, la police d'assurance spécifique. Pour les œuvres d'art et objets de collection : l'acte d'achat, le certificat d'expertise, les photographies datées.

Cette traçabilité documentaire n'est pas requise par un texte spécifique au coffre : elle découle du régime général de la preuve en matière fiscale. Ce que vous ne pouvez pas prouver par écrit, vous devrez le démontrer autrement devant l'administration ou le juge, dans des conditions nettement moins favorables.

Or, bijoux, documents : ce qu'il faut anticiper avant un contrôle

L'or physique (lingots, pièces), les bijoux de valeur et les documents importants (titres de propriété, reconnaissances de dette, testaments olographes) constituent une part significative des dépôts en coffre. Leur nature même les rend difficiles à rattacher à des flux bancaires.

Pour l'or, la facture d'achat est le justificatif central : elle prouve la date d'acquisition et le prix payé, éléments qui déterminent le régime fiscal applicable en cas de revente (taxe forfaitaire sur les métaux précieux de 11,5 % ou, sur option, régime des plus-values mobilières). Sans cette facture, une découverte d'or dans un coffre lors d'un contrôle peut être interprétée comme un revenu non déclaré de l'année de découverte.

Pour les bijoux, le risque porte moins sur la taxation comme revenu que sur l'évaluation dans le cadre d'une succession : l'absence de certitude sur l'origine peut conduire à une valorisation prudente par le notaire, mais aussi à des difficultés entre héritiers. Pour les documents, leur dépôt en coffre est légitime ; leur découverte lors d'un contrôle fiscal n'a d'incidence que s'ils révèlent des éléments de revenus ou de patrimoine non déclarés.

Ce que la succession change pour un coffre bancaire

Le décès du locataire d'un coffre bancaire déclenche une procédure spécifique, distincte du contrôle fiscal. FICOBA joue ici un rôle positif : il permet aux notaires chargés de la succession de recenser l'ensemble des coffres détenus par le défunt.

La consultation de FICOBA par le notaire est expressément prévue par les textes (service-public.gouv.fr/F2233). Une fois le coffre identifié, son ouverture obéit à une procédure contradictoire stricte. L'établissement bancaire bloque l'accès au coffre dès qu'il a connaissance du décès. L'ouverture se fait en présence du notaire, des héritiers ou de leurs représentants, et d'un représentant de la banque. Un inventaire contradictoire est dressé, qui servira de base à la déclaration de succession.

Les espèces trouvées dans le coffre doivent être déclarées dans l'actif successoral, au même titre que les comptes bancaires et les biens immobiliers. Leur omission expose les héritiers à un redressement fiscal sur les droits de succession, assorti de pénalités qui peuvent atteindre 40 % en cas de dissimulation volontaire. L'or, les bijoux, les titres et valeurs mobilières sont également compris dans la déclaration, pour leur valeur vénale au jour du décès.

⚠️ Attention : ne pas confondre l'inventaire successoral contradictoire avec une perquisition fiscale. Le notaire agit dans l'intérêt des héritiers et de la liquidation de la succession, pas pour le compte du fisc. Cependant, la déclaration de succession transmise à l'administration fiscale révèle le contenu du coffre tel qu'inventorié : ce qui peut, le cas échéant, susciter un contrôle fiscal ultérieur si des incohérences apparaissent avec les revenus et le patrimoine déclarés antérieurement par le défunt.

Sources

Fiche pratique

FICOBA : entrée en vigueur de l'obligation coffres1er septembre 2020 (Ordonnance n° 2020-115 du 12 février 2020)
Données déclarées par les banques à FICOBAExistence du coffre, identité du locataire, dates d'ouverture/clôture : pas le contenu
Autorités ayant accès à FICOBADGFiP, TRACFIN, douanes, notaires (successions), autorités judiciaires
Amende bancaire pour omission de déclaration1 500 € par infraction (Ordonnance n° 2020-115)
Visite domiciliaire fiscale (perquisition)Article L. 16 B du Livre des procédures fiscales : autorisation obligatoire du juge des libertés et de la détention
Droit de communication fiscaleArticles L. 81 à L. 102 B du Livre des procédures fiscales
Jurisprudence clé (espèces dans un coffre)2021 : dégrèvement prononcé : la seule présence d'espèces ne suffit pas à établir un revenu imposable sans rattachement à une année d'imposition (source : legifiscal.fr, mai 2023)
Conservation des justificatifs recommandéeDurée du délai de reprise fiscal (3 ans, pouvant être prolongé)

Ces informations sont données à titre indicatif et ne remplacent pas l'avis d'un conseiller financier. Étudiez votre situation avec un professionnel agréé avant de vous engager.

Questions fiscales fréquentes

Doit-on déclarer un coffre à la banque ?

Non. La déclaration incombe à la banque, pas au client. Depuis le 1er septembre 2020, les établissements bancaires ont l'obligation légale de déclarer à FICOBA toute ouverture, modification ou clôture de location de coffre-fort (Ordonnance n° 2020-115 du 12 février 2020). En cas d'omission, la banque encourt une amende de 1 500 € par infraction.

Est-ce que le fisc a accès aux comptes bancaires ?

L'administration fiscale a accès aux informations déclarées par les banques dans le fichier FICOBA : existence, titulaire, dates d'ouverture et de clôture des comptes bancaires et coffres-forts. Elle peut également exercer un droit de communication auprès des établissements bancaires pour obtenir des relevés et documents précis. En revanche, le fisc ne peut consulter le solde d'un compte ou le contenu d'un coffre sans passer par une procédure coercitive encadrée par le Livre des procédures fiscales.

Quels sont les 12 indices qui peuvent déclencher un contrôle fiscal ?

L'administration fiscale s'appuie sur des discordances significatives entre les crédits bancaires et les revenus déclarés, un train de vie disproportionné, des mouvements bancaires atypiques signalés par TRACFIN, l'absence de déclaration de comptes à l'étranger, ou encore des anomalies dans les déclarations successives. L'existence d'un coffre bancaire en elle-même n'est pas un indice déclencheur, mais la présence de mouvements inexpliqués de fonds vers un compte bancaire avant un dépôt en coffre peut susciter des vérifications.

Est-ce que la banque sait ce qu'il y a dans un coffre ?

Non. Une banque ne connaît pas le contenu d'un coffre-fort loué à un client. Le contrat de location porte sur le contenant, pas sur le contenu. Seul le locataire : et son mandataire éventuel : peut accéder au compartiment. Le banquier ne procède à aucun inventaire ni vérification de ce qui y est déposé. Cette opacité constitue une garantie pour le client, mais ne le soustrait pas aux procédures coercitives de l'administration fiscale ou de l'autorité judiciaire.